LE PÉLERINAGE À LOURDES |
Du 18 au 24 juillet 1937
En 1937, plusieurs paroissiens de La Chaussée-Tirancourt et de Belloy se rendirent à Lourdes en pélerinage. On peut reconnaître Monsieur l'Abbé DENTIN, entouré de Pierre BONDOIS, à sa gauche, et de Monsieur Emile VASSEUR, à sa droite. Madame BONDOIS et Madame VASSEUR se trouvent à droite de la photo, au premier rang.
Photo Collection Jean BONDOIS
Cette année encore, j'irai à Lourdes avec un groupe de pélerins et nous logerons comme toujours à l'Hôtel Metz-Strasbourg. Le départ pour Lourdes aura lieu, le dimanche 18, retour le samedi 24. J'ai déjà quelques adhésions et j'ai retenu quatre compartiments, comme l'an dernier, mais je demande aux futurs pélerins de s'inscrire dès qu'ils le peuvent pour faciliter l'organisation du groupe. Le gagnant du Carnet de Lourdes pour La Chaussée est M. Paul Lesage. A Belloy, le billet gagnant sera tiré le jour de la Pentecôte.
Abbé PAUL DENTIN - Dans le « Rayon de Soleil », mai 1937
Chaque année, les lecteurs du Rayon de Soleil ont la joie de lire une page toujours, intéressante : le pélerinage de Lourdes. De ce fait, ceux-là mêmes qui n'ont jamais accompli ce pieux voyage, connaissent, - d'une façon bien imparfaite sans doute, - les beautés naturelles de ce magnifique coin de France et les splendeurs des cérémonies qui se déroulent dans la Ville des Apparitions. Aussi, limiterai-je ce modeste compte rendu et me livrerai-je à une simple communication d'impressions qui pourront, je l'espère, aider à entretenir la flamme qui doit animer tout vrai pélerin de Lourdes et éveiller peut-être chez quelques-uns le désir de se rendre à la Grotte de Massabielle.
Toutefois, je ne saurais passer sous silence l'importance du groupe dirigé par notre cher Curé, M. l'abbé DENTIN. Au total : 26 personnes. La Chaussée, 6 ; Belloy, 4 ; Picquigny, 4 ; Breilly, 6 ; Flixecourt, 4 ; Vignacourt, 2. Bel appoint pour une aussi petite région : mais songez que le diocèse d'Amiens compte presque 2 000 pélerins. Aussi, vous devinez la joie de notre Évêque bien-aimé, tout heureux et fier d'un tel succès: notre prédicateur, M. l'abbé Houzet, est enchanté, lui aussi, de retrouver à pareille distance un tel auditoire picard.
Quelles impressions peut-on donc éprouver ? Les écrivains les plus divers - croyants et incroyants - ont rapporté, dans des ouvrages sans nombre, les impressions les plus variées: pour ma part, sans prétention aucune, je les trouve si nombreuses et si profondes que je crois devoir les ramener toutes à celle-ci: à savoir une impression de grandeur: grandeur extérieure à laquelle nos sens - plus ou moins - sont toujours sensibles, et grandeur intérieure à laquelle l'âme chrétienne et l'esprit de l'incroyant lui-même ne peuvent échapper, s'il y a quelque sincérité dans le cour. Et, d'abord, une impression de grandeur extérieure. En effet, ici, tout est grand: grande est l'Église surmontée de sa Basilique supérieure, grande aussi l'Esplanade de Processions. Autour de cet emplacement unique, un cadre merveilleux que seules peuvent composer les montagnes pyrénéennes. De ce cadre vraiment impressionnant je ne puis m'empêcher de citer les points extrêmes : le Pic du Jer (950 mètres d'altitude) et le Pic du Midi de Bigorre (2 877 mètres).
Le Pic du Jer est si proche de la Basilique que peu de pélerins hésitent à en faire l'ascension, maintenant si facile avec nos inventions modernes. Quelle grandeur! Comme nous sommes loin de nos timides collines de Picardie, qui, semble-t-il, osent à peine se montrer. Le Pic du Midi, plus éloigné, a, lui aussi, malgré sa hauteur imposante, de nombreux visiteurs. Le beau temps aidant, l'ascension, qui exige une bonne heure de marche, dans des sentiers en lacets, se fait sous un soleil véritablement ardent: mais, en retour, une fois sur la crête extrême, quel panorama grandiose! Une mer de nuages, à nos pieds, une mer d'une blancheur incomparable, et, au loin, à perte de vue, des cimes et toujours des cimes, recouvertes d'étincelants manteaux de neige...
Lourdes donne surtout une impression de grandeur intérieure. Du reste, c'est normal: l'une doit entraîner l'autre. Si l'impression de grandeur est ainsi ressentie en face de toutes ces beautés naturelles qui ne forment qu'un cadre m définitive, à quel degré bien plus élevé ne doit-on pas éprouver au centre même de ce cadre, c'est-à-dire sur l’Esplanade avec sa Basilique et sa Grotte ?
Pensez donc ! Il y a là 2 000 pélerins d'Amiens, autant de Versailles, Soissons, Carcassonne, Nice, Monaco, Perpignan: ajoutez-y des centaines d'Écossais et de Hollandais et vous arriverez à un chiffre bien proche de 20 000 pélerins. Voyez-vous cette foule énorme ? Ces milliers de pélerins vont escorter le Saint-Sacrement.
A 4 heures, en effet, la Grotte regorge plus que jamais: c'est de là que part Jésus-Hostie. La procession s'ébranle interminable : groupes d'hommes représentant leurs diocèses, ;et jeunes filles voilées, prêtres en surplis forment une escorte imposante. Le Saint-Sacrement, porté par un Évêque, s'avance vers les malades rangés sur l'Esplanade et bénit chacun d'eux. Les chants, les louanges redoublent à l'adresse du divin Sauveur; puis s'élèvent des invocations reprises par toute une foule, qui ne connaît pas le respect humain: « Seigneur, ayez pitié de nous... Seigneur, nous croyons en Vous... » Que c'est grand !
Le soir, aux chants de l' « Ave Maria », ces mêmes pélerins, le flambeau à la main, évoluent en rangs serrés et recueillis sur l'immense Esplanade, devenue « un véritable lac incandescent ». (François Mauriac). A un moment donné, les « Ave » s'arrêtent. Silence... La Croix monumentale du Pic du Jer apparaît étincelante de lumière... Soudain le chant du « Credo » monte vers le ciel: vous n'entendez lus qu'une seule voix, mais combien puissante! Ils sont 20 000 à l'unisson, malgré la diversité de nationalités. Comme c'est grand!
Mais, certains diront : la procession du Saint-Sacrement et la procession aux flambeaux ne sont que des manifestations extérieures, qui, précisément, attirent les foules par leur magnificence. A ceux-là je me permettrai de dire, avec le psalmiste, « qu'ils ont des yeux et ne voient point... - oculus habent et non Videbunt ». La passion les aveugle ; la matière envahit leur cœur ; en un mot, ils n'ont point le sens du surnaturel. Lourdes attire, c'est évident, comme un puissant aimant: pour cette raison, du reste, on y constate la présence d'un grand nombre de touristes, de curieux. d'incroyants même qui veulent voir... Mais suivez donc ces 20.000 pélerins pendant toute une journée, ou, plutôt, restez à la Grotte : c'est là que vous les reverrez tous en dehors du temps des Processions.
La Grotte ! Nous voilà en plein centre surnaturel. Ce sont des allées et venues continuelles de groupes de moyenne importance: vous y verrez surtout nombre de pélerins isolés ou en tout petits groupes: ils -viennent à la Grotte tout le jour et même la nuit: on a l'impression qu'ils recherchent la solitude, qu'ils veulent être seuls, seuls avec la Vierge dans un colloque tout intime...
Vola; il me semble, de la vraie grandeur intérieure. Deux écrivains naturalistes disparus au début de ce siècle 1902 et 1907), Zola et Huysmans, dans leurs fréquents voyages à Lourdes, - voyages qu'incroyants ils faisaient aussi en curieux - ont bien discerné cette grandeur intérieure. Seul Huysmans se convertit, mais non pas l'autre, défenseur acharné d'un système littéraire, le naturalisme, qui fait encore, tant de ravages dans les intelligences et dans les âmes. Et, alors ? Vous qui venez à Lourdes pour voir des miracles, dites-moi : la conversion de Huysmans n'en est-elle pas un ? Huysmans, le premier, n'en revenait pas.
Et pourtant combien de miracles de ce genre! Ils sont incalculables, dit Mgr Gerlier, mais ils ne sont pas toujours visibles pour la masse.
Je m'arrête, Si cet humble écrit pouvait éveiller en quelqu’un le désir d'aller à Lourdes ?Émile VASSEUR - Dans le « Rayon de Soleil », octobre et novembre 1937